ergonomie au travail

Interview Jean-Paul Bernadat : « L’ergonomie, une analyse fine et globale des situations de travail »

L’ergonomie est « l’étude scientifique de la relation entre l’Homme et ses moyens, méthodes et milieux de travail » et l’application de ces connaissances à la conception de systèmes « qui puissent être utilisés avec le maximum de confort, de sécurité et d’efficacité par le plus grand nombre ». L’ergonomie au travail est trop souvent perçue uniquement comme l’analyse des postures, des efforts et des gestes. Pourtant, elle ne peut se résumer à la seule prise en compte de ces paramètres. L’ergonomie, c’est avant tout une analyse fine et globale des situations de travail qui vise à interpréter le travail dans toutes ses dimensions pour mieux le comprendre et le transformer. C’est l’approche que développe Jean-Paul Bernadat, consultant formateur depuis plus de 20 ans en ergonomie et prévention des risques professionnels.

Comment peut-on définir l’ergonomie au travail?

Jean-Paul Bernadat : L’ergonomie est avant tout une démarche d’analyse fine des situations de travail en vue de les transformer pour :

  • Protéger la santé des personnes,
  • Améliorer leurs conditions de travail,
  • Améliorer la qualité et l’efficacité de la production.

Elle met en lien les effets (TMS…), les activités (comment fait le salarié), la tâche (ce qu’il fait) et les déterminants (origine). On étudie notamment les contraintes de temps et les marges de manœuvre offerte par l’organisation. Cette démarche est :

  • Globale, elle prend en compte les contraintes techniques, organisationnelles et humaines,
  • Participative, le salarié étant l’expert de son travail,
  • Basée sur le travail réel, toujours différent du travail prescrit,
  • Elle cherche avant tout à agir sur l’entreprise, en prévention primaire.

Pouvez-vous nous donner un exemple d’analyse ergonomique de situation de travail ?

Jean-Paul Bernadat : Par exemple, en analysant l’activité d’un salarié qui n’utilise pas une aide à la manutention mais qui préfère lever la charge manuellement, on s’aperçoit qu’en faisant cela il se dégage des marges de manœuvre en terme de temps, car utiliser une aide à la manutention prend davantage de temps que la manutention manuelle. Ayant trouvé l’origine de ce choix, l’ergonome et le salarié vont travailler ensemble pour envisager des solutions qui dégageraient plus de marge de manœuvre sur la durée. Si l’on met en place une solution d’aménagement qui permet au salarié de ne pas perdre de temps sur cette opération, alors il l’utilisera naturellement. Par exemple en mettant un palonnier avec des ventouses qui permettent de prendre plusieurs colis à la fois.

Et vous, en tant que consultant formateur, êtes-vous concerné par l’ergonomie ? Quelle analyse pourriez-vous faire de votre activité ?

Jean-Paul Bernadat : Bien sur, en tant que consultant formateur, je suis également concerné par l’ergonomie. Si nous voulions analyser la situation de travail d’un formateur, nous pourrions nous intéresser, par exemple à 3 composantes majeurs :

  • Composante physique : plutôt en posture debout,
  • Composante mentale : en même temps qu’il déroule sa formation, il doit gérer son temps, est il en avance ou en retard dans son programme tout en s’assurant que ses stagiaires suivent bien les acquisitions prévues.
  • Composante psychique: si en fin de formation les stagiaires font part de leur satisfaction sur le stage alors le formateur en tire reconnaissance personnelle d’avoir pu faire du bon travail, ce qui favorise le renforcement de l’identité.

Dans l’animation de vos formations, vous prenez souvent l’exemple du marker neuf. Pourquoi ?

Jean-Paul Bernadat : Dans le stage «Ergonomie en milieu professionnel », les stagiaires sont formés à utiliser une méthode d’estimation des efforts de 0 à 10. Pour illustrer cela, je les invite à ouvrir et fermer plusieurs fois des markers que j’utilise pendant la formation. Ils comprennent vite qu’ouvrir et fermer plusieurs fois un marker neuf demande beaucoup plus d’effort que pour un marker qui est déjà utilisé. Ils peuvent donc estimer cette différence d’effort par un chiffre de 0 à 10.

Jean-Paul Bernadat ergonomie en milieu professionnel

Jean-Paul BERNADAT

  • Consultant formateur en ergonomie, prévention des risques professionnels
  • Habilité I.P.R.P
  • Habilité pour la formation des membres du CSE
  • 20 ans d’expérience terrain

Nos solutions sur cette thématique 

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